Oui, les écologistes peuvent gouverner !
mardi 22 septembre 2009
L’offre politique actuelle est décourageante. La gauche est en pleine décomposition, le Modem conteste le leadership de son chef et l’UMP se contente de gérer son fonds de clientèle électorale en s’ouvrant aux extrêmes.
Bref, rien de neuf dans le paysage politique si ce n’est la percée d’Europe Ecologie aux dernières élections européennes. Les analystes ont attribué un peu rapidement ce succès à des facteurs exogènes sans percevoir ce qui change en profondeur dans la société française.
Les recettes de ce succès, qui reste à confirmer, sont certes multiples. Les écologistes ont toujours réalisé un meilleur score lorsqu’ils sont derrière Dany Cohn-Bendit. Aucun mouvement aussi structuré soit-il ne peut aujourd’hui faire l’économie d’un leader charismatique.
La deuxième clé du succès est d’avoir su intégrer sur une même liste, des personnalités qui ne sont pas des politiciens professionnels mais qui incarnent par leur action professionnelle ce changement de société que les français savent inéluctable. Eva Joly me semble être la meilleure ambassadrice de cette nouvelle classe politique qui ne se définit pas par le nombre de coups de couteau plantés dans le dos de ses adversaires mais par la justesse de son parcours professionnel. Son éthique personnelle vaut mieux que tous les programmes politiques. Eva Joly c’est l’anti people. Elle est la preuve vivante que l’on peut intéresser les électeurs sans recourir à des artifices médiatiques.
La troisième clé du succès est d’avoir osé mener une campagne sur le thème jugé ardu de l’Europe, au détriment de sujets prétendument plus proches des français, comme la crise économique, l’emploi ou la sécurité. Au delà de ces trois idées fortes, ce qui séduit dans la démarche de ces nouveaux écologistes c’est l’idée qu’on peut faire de la politique honnêtement c’est à dire sans transiger avec ses propres valeurs.
La confiance accordée par les français à Europe Ecologie pendant cette élection est conditionnée et si l’on veut renouer avec le succès il faudra maintenir ce cap, ce qui signifie très concrètement qu’il faudra résister à un certain nombre de tentations. La première est de vouloir écarter un peu trop vite toutes ces personnes qui viennent de la société pour retomber dans les logiques d’appareil et de carrière politique. Le message s’adresse ici aux Verts : Europe Ecologie n’est pas une marque mais une évolution politique. Pour faire de la politique autrement il faut sortir du parti et s’ouvrir à la société. Cette ouverture signifie également qu’il faut être intransigeant sur les principes essentiels comme la parité hommes-femmes, verts non-verts ou le non-cumul de mandats. La deuxième est de vouloir changer le monde sans tenir compte du désir de ceux qui l’habitent au nom de l’urgence environnementale. Le projet écologiste d’une société fondée sur des valeurs durables constitue aujourd’hui la dernière planche de salut de nos démocratiques éreintées par le culte de la consommation. Les européens ont une place incertaine dans le monde qui change. Le productivisme a fait plus de ravages que n’importe quelle catastrophe naturelle et l’actuelle crise du lait n’est qu’un exemple parmi des milliers d’autres de l’impasse agricole. Les valeurs républicaines sont appelées au secours des banquiers en mal de repères moraux alors que nul ne songe à évoquer la solidarité pour défendre une nouvelle taxe destinée à protéger notre atmosphère à tous. La transformation de la société passe par la réforme sans langue de bois d’institutions exsangues qui ne répondent plus à leur mission initiale. La superposition d’échelons de décision est souvent contreproductive mais les élus n’ont pas le courage de dissoudre des assemblées dans lesquelles ils siègent. Gouverner c’est être proche de ceux que l’on gouverne. Europe Ecologie n’est ni un parti politique, ni une liste électorale, ni un réseau de copains c’est un projet de gouvernance fondé sur la mixité entre politiciens professionnels et citoyens en désir de changement. Ce qui les unit c’est le désir de vivre dans une société plus conviviale et plus respectueuse de la valeur de la nature qui l'entoure. Ce désir qui a longtemps paru utopiste est aujourd’hui une réalité, et ce sont des partis dits « de gouvernement » qui se chargent de mettre en œuvre les programmes lancés par les écologistes. Les exemples du Grenelle de l’environnement ou de la taxe carbone, pour ne prendre que ceux là, illustrent la limite de cet exercice lorsqu’il est pratiqué par des apprentis écologistes. Il est temps que les écologistes engagent les programmes qu’ils ont élaboré et montrent qu’il existe une troisième voie entre les partis productivistes libéraux et les partis progressistes.
Alexandre Faro Avocat en droit de l’environnement Secrétaire général des Amis d’Europe Ecologie
Commentaires
Nous verrons aux élections mais j’espère que l’environnement aura de plus en plus de part dans les volontés politiques ! C’est quand même notre avenir qui est en jeu !