Paris sous la neige. Il fait froid, la ville est grise. Augustin Legrand arrive en scooter devant le ministère du logement, 246 boulevard Saint-Germain, à Paris. Et constate rapidement que seuls sont présents au rendez-vous son pote du collectif Jeudi Noir Julien Bayou, deux photographes et une journaliste. La météo a découragé les médias conviés à une conférence de presse.

Lui qui comptait dénoncer la politique du secrétaire d’État Benoist Apparu et ses “propositions largement inadaptées face à la crise actuelle” se contente ce matin de février de tourner une petite vidéo pour le site Internet d’Europe Écologie. Droit dans ses bottes en daim clair, Augustin Legrand s’applique tout de même, d’autant plus qu’il est numéro trois du mouvement pour les régionales sur la liste à Paris. À 34 ans, c’est sa première campagne. Elle a un goût amer. “Je ne comprends pas pourquoi on ne peut pas débattre dans ce pays ? Le logement, cela n’intéresse pas ?”, interroge-t-il simplement.

__Le logement, une priorité, une obsession __ Hiver 2006. La France découvre cette immense personne - 2 mètres 08 - sur les bords du canal Saint-Martin, à Paris. Avec son association Les Don Quichotte , le comédien - qui depuis ne tourne plus - installe des tentes pour les sans-abri. Les politiques flairent la belle photo et se succèdent dans ce coin du 10e arrondissement, entraînant dans leur sillage des nuées de caméras. Une seule vient passer une nuit incognito. Elle s’appelle Cécile Duflot. C’est à cette trentenaire énergique, devenue à la faveur des européennes 2009 la nouvelle star de la scène politique française , qu’Augustin Legrand finit par dire oui en novembre dernier. Pour elle et ce qu’elle défend, il accepte ce qu’il a toujours refusé aux autres formations : entrer en politique.

“Avec Europe Écologie, c’est comme un mariage, une évidence”, explique-t-il en buvant une menthe à l’eau dans un café parisien de la rue du Bac, pour se remettre du lapin médiatique. S’il a accepté d’être la plus belle recrue des écolos pour ces régionales, c’est qu’ils “ne sont pas responsables de la crise du logement”. Ce thème reste sa priorité, le sujet qu’il remet toujours au centre de la conservation lorsque celle-ci s’égare. Quitte à ce que ses détracteurs tournent son obsession en dérision comme le candidat de la majorité aux régionales dans les Hauts-de-Seine André Santini, qui le qualifie, lors d’un meeting, la semaine dernière, d‘“homme des Quechuas”, provoquant l’hilarité des ministres Christine Lagarde et Valérie Pécresse. __ “La politique, une tribune plus sereine”__

L’attaque aisée semble désuète… Si Augustin Legrand n’a pas changé de combat, il a revu ses méthodes. A regret, peut-être. Car il sent, il sait qu’il attire moins. “Mais il faudrait que je fasse quoi ? Que je plante deux tentes devant le ministère ? Que je me présente à poil pour attirer les caméras ?” Il n’en fera rien. Aujourd’hui il voudrait être écouté et surtout entendu, plus que vu.

La politique lui permet-elle cela ? “C’est une tribune plus sereine. Les tentes, les CRS, l’affrontement permanent, ça c’était violent.” Mais ce qu’il découvre n’est peut-être pas plus réjouissant. Il ne comprend pas l’intérêt des petites phrases, des polémiques. “Georges Frêche, on ne parle que de ça, mais pourquoi ?” Augustin Legrand se révèle un brin désarmant, alternant d’une minute à l’autre période de découragement et sursaut d’espoir. Illustration : “Nous sommes au contact d’une réalité tellement odieuse”, souffle-il, fixant la table du regard, avant de relever la tête et de lancer, conquérant : “Mais on va y arriver, on est jeunes, on est courageux, on a envie.” Et c’est justement pour “faire de la politique par la preuve” que “ce serait tellement génial de choper la région”, lance Augustin Legrand, ambitieux. C’est surtout à cela qu’on reconnaît un homme politique.

Source : Lepoint.fr crédit photo : Augustin Legrand © Luyssen Jean-Luc / ABACA