La France joue-t-elle double jeu dans les négociations sur le climat ?
mardi 08 décembre 2009
“L’adaptation aux changements climatiques”, qui prévoit un dédommagement financier aux pays en développement par les pays industrialisés, est considérée comme une aide publique au développement par ces derniers. A croire que nos dirigeants n’ont pas pris acte de l’autorité de ce COP15.
La conférence est à présente ouverte. La première journée de négociations n’a jamais rien de vraiment excitant car justement on ne négocie pas encore réellement. Cela ressemble plutôt à de grands rappels de positions déjà maintes et maintes fois rappelées auparavant lors des précédentes discussions. Les USA rappellent au monde entier à quel point ils se trouvent ambitieux avec leur objectif de 4% pour 2020 par rapport à 1990, ou l’Union Européenne avec ses 20% pour 2020.
L’Union Européenne peut jouer en effet un rôle clé et central dans ces négociations. Afin de définir clairement leur position, ce mercredi les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union Européenne se réunissent lors d’un nouveau sommet européen. Au cours de ce sommet, sera bien entendu discutée la question des changements et donc de l’adaptation aux changements climatiques et de la réduction des émissions pour 2020 et 2050. Ainsi, mercredi 10, au cours de ce sommet, l’Union définira des éléments fondamentaux qui animeront la position européenne dans les négociations, soit en définissant une nouvelle ligne soit en approfondissant et clarifiant la ligne de négociation actuelle. Le principal sujet qui sera discuté sera incontestablement celui de l’adaptation aux changements climatiques. Par là, s’entend la question du financement de cette adaptation. Pour rappel, l’adaptation aux changements climatiques est le processus destiné à permettre aux pays du Sud, touchés par les premières conséquences du réchauffement climatique de s’y adapter ; mais cette adaptation est particulièrement coûteuse et à cette fin environ 150 milliards d’euros doivent être trouvés chaque année à partir de 2020. La somme est particulièrement importante, mais l’enjeu l’est encore plus, la survie de quelques milliards de terriens.
L’Union Européenne devra donc payer pour cette adaptation aux changements climatiques, ainsi que les autres pays développés et industrialisés. Mais comme à l’accoutumé, les pays du Nord ne sont pas prêts à transférer des fonds au Sud et tentent aucun que possible de limiter le montant de cette somme. En estimant à 100 milliards d’euros, lors du dernier sommet européen, les 27 ont déjà cherché à réduire cette somme. Au-delà de ce chiffre particulièrement important, il convient de s’intéresser à la façon dont les Etats vont réunir cette somme. Or, depuis les années 1970, les Etats du Nord s’étaient déjà engagés à verser l’équivalent de 0,7% de leur Produit Intérieur Brut (PIB) aux pays en développement. Mais seuls quelques pays du Monde ont atteint cet objectif à l’image de la Suède ou de la Norvège. Les autres, dont la France peinent à atteindre ce pourcentage, et devront donc donner encore plus de fonds pour l’aide au développement (atteindre l’objectif initial) et pour l’adaptation aux changements climatiques.
Les pays du Nord ont ainsi vu venir le risque ! Certains d’entre eux, pour ne pas dire la plupart ont ainsi décidé d’utiliser l’argent destiné à l’aide publique au développement (APD) pour financer l’adaptation aux changements climatiques. Pour beaucoup de pays développés, le calcul fut simple, soit on paye double voire triple et on respecte nos engagements passés et présents, soit, on paye ce à quoi nous nous sommes engagés depuis longtemps sans respecter les engagements présents.
Ce sujet sera donc discuté mercredi lors du sommet européen. Mais il semblerait qu’à l’heure actuelle seul le Royaume-Uni se prononcerait pour que le financement de l’adaptation aux changements climatiques soit additionnel (en plus de) à l’aide au développement. De l’autre côté, il apparaîtrait que d’autres pays et parmi eux la France et l’Allemagne se prononceraient contre ces financements additionnels pour l’adaptation aux changements climatiques. Le Guardian a déjà fait état de rumeurs à ce sujet dans un article de la semaine dernière. Mais dans les négociations ici à Copenhague, ces rumeurs sont de plus en plus persitantes et toujours plus importantes à un jour seulement du sommet, cela devient vraiment inquiétant. De plus, hier j’ai eu l’occasion d’échanger avec des représentants de la délégation Sud-Africaine qui m’ont clairement dit que si l’argent pour l’adaptation n’était pas additionnel à l’aide au développement, les pays d’Afrique pourraient quitter les négociations.
Il est donc assez surprenant de comparer les discours prononcés publiquement par le président Nicolas Sarkozy et Jean-Louis Borloo le ministre de l’environnement par rapport à l’aide à apporter aux pays souffrants des conséquences des changements climatiques et la position réellement négociée au sein de l’Union.
La France a présenté le Plan Justice Climat, pour remettre de la justice et de l’éthique dans les négociations actuelles. Espérons que ce ne sont pas vains mots. Ainsi, il ne reste plus qu’un seul jour pour que la France permette aux pays du Sud de ne pas avoir à choisir entre la construction d’une école et la construction d’une digue, à choisir entre la vie et la survie.
source : climatcopenhague.blog.lemonde.fr